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Bicoque à-demi moisie de Maran (cause : faute d'argent)

 
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Maran Doigts-d'Or
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PostPosted: 30/03/2008 04:50:56    Post subject: Bicoque à-demi moisie de Maran (cause : faute d'argent) Reply with quote

Maran, enfin sorti des sinistres bureaux d'enregistrement (qui, malgré leur glauquitude, comprenaient tout de même un avantage majeur : on savait où envoyer son pire ennemi si on souhaitait qu'il meure d'ennui...) errait dans le quartier Nord de Lesnie, un morceau de parchemin tenu fermement entre ses mains de lyriste gantées. Sa tête oscillant de droite à gauche, son visage se complaisant dans une suffisance feinte (il fallait qu'on croit qu'il s'agisse d'un homme dont l'importance n'était pas à dénigrer ... cela aurait mieux fonctionné si Maran n'avait pas pris son dernier bain il y a déjà de cela une semaine) il cherchait en vain la demeure qu'on lui avait assigné. Toutes les maisons de Lesnie étaient sobres, mais avaient l'avantage d'être construites sur de solides piliers et d'avoir l'air d'indestructibles colosses érigés par la seule force des hommes.
Toujours est-il que plus le barde avançait, plus la liste des maisons disponibles s'éffritait à vue d'oeil, et plus le jeune homme commençait à s'inquiéter. Est-ce que ce petit fonctionnaire sinistre l'avait roulé? Il avait bien capté son regard d'une jalousie indéniable, mais cela était compréhensible, puisque Maran avait tout bonnement ce qu'on appelait classiquement : la classe.

Sa cape salie par mille voyages frôlait le sol enneigé tamdis que ses chaussures en loque buvaient l'eau tel des assoiffés en pleine contrée désertique. Maran avait les pieds gelés et sa tenue frivole ne lui garantissait aucune protection qu'il soit contre le vent mordant de l'hiver glacial. Bref, lui qui souhaitait avoir la classe, il avait plutôt l'air *** en ce moment, frissonner, perdu dans le quartier supposé être sien.

Maran arriva au bout de la rue, ayant visiblement fait le tour, il s'apprêtait à rebrousser chemin et aller pourfendre ce fonctionnaire véreux qui avait bafoué son honneur en lui jouant cette vile plaisanterie, lorsque ses yeux bleus s'écarquillèrent de surprise devant la chose qu'il avait prise pour un cabanon en miettes : des chiffres rayés sur une plaque de métal rouillée indiquait bel et bien le numéro qu'on lui avait assigné au bureau d'enregistrement.

Petite, difforme, la bicoque était faite de bois fendu d'immenses craques que l'on appercevait déjà de loin. Il n'y avait point de peinture pour agrémenter les lieux, et le bois de sa demeure senblait détrempé et imbibé d'eau, chargé d'humidité. Le toit, qui calait fortement comme la tête d'un vieil homme, était composé de bardeaux grisaillants couverts de multitudes de taches que l'on pouvait identifier comme étant diverses formes de moisissures, des traces de brûlures ainsi que des fientes de mouettes. Les fenêtres étaient comdamnées, et on voyait à l'une d'entre elle qu'un des carreau était cassé. Les escaliers, auxquels il manquait précisément trois marches dont deux se succédant, faits du même bois que la cabane, moisissaient à vue d'oeil - d'ailleurs, une paire de yeux malsains fixaient Maran de l'obscurité ; nul doute qu'une bête sauvage avait élu domicile dans la "demeure" abandonnée et que celle-ci défiat le barde de l'en déloger ...

Maran grimaça de dégoût : on avait osé lui assigner cette ... cette ... ce bâtiment inqualifiable, repoussant de laideur! Le barde osait à peine imaginer l'état de la pelouse lorsque la neige viendrait à fondre ... c'était inadmissible! Impensable! Atrocement Irritant! Il allait se plaindre, par le peu d'honneur qui lui restait ... cette histoire n'allait pas se terminer ici!

Lui qui, gonflé par de nouvelles espérances, s'apprêtait à retourner faire fie de son autorité naturelle et sa crédiblilité indestructible (ce qui était tout sauf naturel et crédible à admettre), redevint d'une taille normale, c'est à dire celle d'un chicot de poulet qu'on aurait jeté aux ordures, par pitié pour le pauvre chien affamé qui n'aurait pas eu de quoi se sustenter. Non, il n'allait pas retourner aux bureaux d'enregistrement réclamer le château qui lui était dû, pour la simple et bonne raison qu'ici, il n'était personne. Et n'être personne valait mieux qu'être ce qu'il avait été - fils d'un richissime homme d'affaire déchu et mort, vagabond sans nom, truand de bas-étage. Prononcer ne serait-ce que le début du nom de sa famille maudite lui vaudrait l'emprisonnement, car on avait renié il y a fort longtemps ceux qui portaient les stigmates de l'erreur d'un seul homme. Voilà pourquoi il avait fuit Cydipe ; pour que plus jamais on le risque de l'associer à cette histoire du passé qui revenait encore le hanter ... (il y avait également cette célèbre bagarre générale au port de Singapore dont il était l'initiateur, mais c'était un léger détail qu'il avait oublié de mentionner au fonctionnaire du bureau de l'enregistrement ... )

Soupirant, le pauvre barde cassé à l'os se résigna à son sort et marcha tristement vers ce qui allait être son nouveau chez soi ... En montant l'escalier pourri, il fallit casser une quatrième marche et se rendit chancelant vers la porte de sa demeure qui comportait une grand coup de hache, la fendant presque en deux ... nul doute que son précédent possesseur - s'il y avait eu un d'assez fou ou pauvre, ou les deux, pour l'occuper - avait eu un petit différent avec un bûcheron ou un nain à la hache facile ... En poussant le battant - et en insistant fortement sur la poignée qui restait bloquée une fois sur deux - Maran pénétra dans l'atmosphère sombre de l'habitation et eut tout de suite le souffle coupé par la bourrasque nauséabonde d'air encagé dans la bicoque depuis une dizaine d'années. La poussière mêlée à l'air probablement déjà respiré par une horde d'orcs puants, finirent aussitôt d'achever Maran. Le jeune homme repensa à aller réclamer un meilleur logis au bureau de registration, et ce malgré ses écartements passés, mais son orgueil pris le dessus et Maran resta. Cela en prendrait plus pour avoir raison de lui! Si c'était un test camouflé, et bien il allait le passer, et haut la main!

Mais en attendant, l'intérieur restait tout simplement d'un dégoûtant inconfort. Il y avait bien un lit dans l'unique pièce de la demeure, aux draps défraîchis, tachés et déchirés - le barde crû voir l'espace d'un instant les draps frémir, s'agiter comme les remous sombres d'une mer habitée par mille créatures sinistres, et il se jura de les changer à la première occasion. Ses yeux parcoururent le reste du mobilier, pauvre et chancelant, mais c'était mieux que rien. Il y avait certe une table, deux chaises dépareillées, un petit comptoir malpropre et un poêle dont les dernières cendres s'étaient éteintes depuis fort longtemps.

Le barde soupira ; la simple vue de cette médiocrité dont il jouissait lui donnait envie d'aller se jeter du port et de retourner à Cydipe provoquer de nouveau une bagarre générale ... il finirait en prison, mais au moins les geôles d'État lui fourniraient un meilleur endroit où habiter pour le restant de sa vie!

* Ressaisis-toi, bougre d'inbécile! Ce n'est pas un logis insalubre, ni un mobilier à la sécurité douteuse qui auront raison de Maran Doigts-d'Or! Et puis, t'as connu pire que ça, mon gars ... *

C'était un fait, Maran s'était retrouvé dans de la mouise pire, bien pire que cela! Mais ce n'était pas une raison pour se contenter de si peu. Tant de richesses et de jolies femmes l'attendaient, au-dehors ... et le meilleur moyen de commencer était toujours de trouver du travail.

Le moral indéfectible, sa lyre suspendue à son dos, Maran sortit du sinistre dépotoir qui lui servait de demeure et se dirigea vers le centre-ville.

Le barde resta tout de même coincé une vingtaine de minutes dans son escalier moisi, la quatrième marche maintenant défoncée ayant finalement décidé de céder sous le poids minuscule du jeune homme.
_________________
Maran Doigt-d'Or, barde à temps partiel, charmeur de profession
"Il n'y a pas un seul homme sur Terre qui puisse me priver des choses essentielles à ma vie : de la bonne bouffe, une compagnie agréable et des sous-vêtements propres."
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